Montréal vue de France

8
juin
2019
Anthony Diao Judoka depuis 1986 et ceinture noire depuis 1995, ce journaliste français né aux Etats-Unis a grandi à cheval sur trois continents. Titulaire d’une Maîtrise en Droit international, il écrit en français, en anglais ou en espagnol pour différents supports depuis 2003 (sport, culture, société, environnement), dont le bimestriel français L’Esprit du judo auquel il collabore depuis février 2006 et son n°2. Auteur de reportages en immersion d’Afrique du Sud en Pologne en passant par Cuba, la Russie, l’Ukraine en guerre ou la Slovénie, il a aussi été le sparring et l’interprète d’Ilias Iliadis lors de son premier séminaire à l’Insep de Paris, le portraitiste au long cours de judokas anonymes comme de figures incontournables (Ezio Gamba, Jeon Ki-young, Ronaldo Veitía…), et a suivi quotidiennement de 2013 à 2016 des athlètes comme Antoine Valois-Fortier ou Kayla Harrison dans le cadre d’un feuilleton intitulé la World Judo Academy. Sa ligne directrice ? Traiter les champions olympiques et les ceintures blanches avec un respect identique – « accorder à chacun la même attention que si j’écrivais à propos de mon père ou de ma mère ». Photo ©Xavier Nuer

À quelques jours du début du Grand Prix du Canada (du 5 au 7 juillet 2019), il nous a paru intéressant de demander à des judokas français quel regard ils portaient sur la lente mais constante montée en puissance du judo canadien.

Montréal 1976 – L’apparition sur la carte

Lorsque l’équipe de France pose le pied sur le sol montréalais à quelques jours du coup d’envoi des Jeux de la XXIe olympiade de l’ère moderne, il y a bien plus qu’un océan qui sépare l’armada tricolore de son hôte d’un été. À eux cinq, les sélectionnés Yves Delvingt (-63 kg), Patrick Vial (-70 kg), Jean-Paul Coche (-80 kg), Jean-Luc Rougé (-93 kg et Open) et Rémi Berthet (+93 kg) ont tous entre 23 et 29 ans et pèsent, à cet instant de leurs carrières respectives, douze médailles olympique, mondiales ou continentales. Un ratio considérable à l’échelle du grand gâteau planétaire, à une époque où le Japon et l’URSS en particulier ne laissent que peu de joncaille à la concurrence. En face, l’équipe unifoliée – uniquement masculine elle aussi, les féminines n’étant intégrées en sport de démonstration qu’en 1988 puis pour de bon en 1992 -, paraît bien tendre. Brad Farrow (-63 kg), Wayne Erdman (-70 kg), Rainer Fischer (-80 kg), Joe Meli (-93 kg) et le regretté Tom Greenway (Open, et qui deviendra par la suite le premier Canadien de l’Histoire à battre un judoka japonais) ont respectivement 20, 24, 26, 19 et 20 ans. À l’échelon national, leurs principaux faits d’armes paraissent bien légers en comparaison de ceux de leur glorieux aîné, le lourd Doug Rogers, 2e aux JO 1964, 5e en 1972 et 3e des championnats du monde 1965. La génération 76 ? Elle compte en tout et pour tout trois médailles aux Jeux panaméricains de l’année précédente, deux autres en championnats panaméricains et une septième place aux derniers championnats du monde de Vienne pour le « doyen », Wayne Erdman.

De véritables aventuriers. « En fait jusqu’ici les Canadiens nous les croisions surtout au Japon », rembobine quatre décennies plus tard Rémi Berthet depuis son spartiate bureau du dernier étage du Club du Rhône, dans les locaux mythiques de la rue de l’Épée à Lyon. Véritable école de « darwinisme social », pour reprendre l’expression de Michel Brousse, le pays du Soleil levant représente, à l’époque comme aujourd’hui, l’alpha et l’oméga pour qui entend dépasser l’éloge de la participation si chère au baron de Coubertin. « Comme nous à l’époque avec le Racing Club de France, ils partaient longtemps et souvent seuls. C’était de véritables aventuriers même si, du fait sans doute de leur éloignement géographique, les résultats tardaient à venir. » Une découverte quasi mutuelle, donc, entre un pays et une discipline. « Bien avant le judo et les JO, le Canada pour moi, c’était d’abord le Nouveau monde, le pays des grands espaces », confirme Patrick Vial.

Baume au cœur. En 1975, le titre mondial de Jean-Luc Rougé a galvanisé l’Occident en général et l’équipe de France en particulier. Et pourtant les acquis d’une année ne sont pas ceux de la suivante. Le bronze de Patrick Vial ce 29 juillet-là sera finalement le meilleur résultat et de la carrière du judoka de Maisons-Alfort, et des cinq engagés français. Un authentique baume au cœur pour les ambitieux tricolores au milieu d’une semaine mal embouchée avec les défaites bien plus tôt que redoutées des trois premiers engagés, le champion du monde Jean-Luc Rougé en tête. Pour son baptême du feu sur cette partie du globe qu’il achèvera de découvrir par un tour dans les Laurentides, l’expert ès-yoko tomoe nage se souvient surtout d’une ambiance « étonnante, avec ce tatami au milieu d’un vélodrome et ce village olympique excentré ».

Fin de l’innocence. Pour Rémi Berthet, Montréal 1976 arrivera à jamais après Munich 1972, où le +93 kg était remplaçant mais dont l’organisation carrée, le Village olympique en plein centre-ville et la Fête de la bière qui s’ensuivit ont laissé un souvenir indépassable bien que terni pour toujours par la tragique prise d’otages d’athlètes et d’entraîneurs israéliens opérée par le commando palestinien Septembre Noir. « Ça a été la fin de l’innocence et de l’insouciance olympiques. Derrière, tout est devenu plus sécuritaire et, quatre ans plus tard, Montréal n’a eu d’autre choix que de s’inscrire dans cette réalité-là. » Quelle ne fut pas la surprise d’ailleurs du clan français lorsque, à peine arrivés sur site, ils virent presque sous leurs yeux seize puis vingt-deux des pays africains faire leurs valises. À l’exception du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, tous entendaient ainsi marquer leur désaccord profond avec la participation de la Nouvelle-Zélande, coupable d’avoir continué à disputer des matches de rugby avec l’Afrique du Sud ségrégationniste du régime d’Apartheid…

Der des ders. Pour Jean-Paul Coche, le souvenir de cet été 1976 restera cuisant. À 29 ans, le tout frais médaillé mondial, triple champion d’Europe et unique rescapé des trois « bronzés » français des Jeux précédents, arrive au Canada convaincu d’une chose : le triple champion du monde nippon Shozo Fujii absent, Montréal sera « [son] apothéose ». En chambre, ses uchi-komi nocturnes avec les draps de son lit (sic) rendent pourtant déjà nerveux son camarade Berthet, éliminé d’entrée par un Hongrois le premier jour et en pleine réflexion depuis quant au futur plutôt anxiogène que la retraite sportive ouvre soudain devant lui… Pour Jean-Paul Coche aussi, cette campagne-là sera la der des ders. Un 28 juillet de cauchemar, au lendemain de l’échec prématuré du leader Jean-Luc Rougé. Le Marseillais doit s’incliner contre Fred Marhenke, un Allemand de l’Ouest qu’il avait jusqu’ici « toujours dominé, et dominé tout ce combat-là en plus ». Sa seule consolante : avoir retrouvé à cette occasion des amis de son épouse, une Cévenole mariée à un Canadien. Le couple les emmènera se balader et se changer les idées. « Leur chaleur m’a aidé à évacuer même si, plus de quarante ans après, il m’arrive encore de me réveiller en pensant à cette journée de juillet à Montréal. Ce jour où tout aurait dû être différent… »

De Nicolas Gill à Antoine Valois-Fortier – Le temps des loups solitaires

Pendant les trois décennies qui vont suivre, et hormis le bronze obtenu aux JO de Los Angeles par le +95 kg Mark Berger, le judo canadien vu de France va essentiellement rimer avec un nom : Nicolas Gill. En l’espace de quatre JO et six championnats du monde, le combattant formé par Hiroshi Nakamura achèvera sa carrière avec deux médailles olympiques et trois médailles mondiales en -86 puis en -100 kg. En 2004 à Athènes, pour son ultime sortie à 32 ans, il sera même le porte-drapeau de sa délégation… Huit ans après sa retraite d’athlète et sept après et sa reconversion en entraîneur puis en directeur de la Haute performance, Nicolas aura la fierté d’étreindre un de ses élèves en larmes au bord d’un tatami olympique. Antoine Valois-Fortier, l’élève en question, va en effet incarner le passage de témoin entre deux générations, un fameux 31 juillet 2012 à l’ExCeL Arena de Londres.

D’ouvrier en architecte. Du désormais big boss du judo canadien, intronisé au Hall of Fame de l’IJF en 2018, qu’écrire d’ailleurs qui ne l’ait déjà été dans L’homme aux mille mouvements, l’ouvrage que Claude Gagnon lui consacra en 2017 ? Au fil des pages, l’auteur raconte la mue progressive du champion, passé symboliquement d’ouvrier spécialisé des tatamis en architecte doté d’une vision claire et fédératrice de ce qui est bon selon lui pour l’avenir du judo canadien. « En cette même période couvrant les années glorieuses entre les Jeux de Barcelone et ceux d’Atlanta, pouvons-nous lire page 64 de l’ouvrage, il décide alors de se transformer en cet apôtre du judo dans son pays. Il comprend que les enjeux dépassent les surfaces de combat, qu’ils se jouent dans les bureaux et chez les marchands. Pour mettre toutes les chances de son côté entre une compétition et une visite scolaire, il entreprend des études universitaires en gestion. Études qu’il poursuivra avec brio et qui lui permettront d’arriver peut-être jusqu’aux officines où se prennent les décisions politiques, et aux foires des marchés. » Pour financer sa carrière, Nicolas Gill sera l’un des piliers ces années-là de la section judo du Paris Saint-Germain des champions olympiques français David Douillet et Djamel Bouras, ainsi que le raconte un autre champion olympique, Thierry Rey, alors président du club, dans Sept vies, son autobiographie parue à l’automne 2018. Une opportunité en or pour l’autodidacte de mettre du beurre dans les épinards mais aussi de capitaliser sur ces semaines passées en Europe pour s’entraîner au contact de la crème du Vieux continent.

Prise de confiance. Côté féminin, la triple championne du monde et championne olympique Lucie Décosse reste la mieux placée pour témoigner de progressive prise de confiance en elles des combattantes canadiennes. Le début de carrière de la Française ? C’est celui d’un boulet de canon. Championne du monde junior en 2000, vainqueur du tournoi de Paris 2001 et championne d’Europe senior 2002. En 2004 à Athènes, ses o-uchi gari ken-ken et l’autorité de sa posture de gauchère en font, à 23 ans, l’une des favorites de la catégorie des -63 kg aux JO. Son pire adversaire ? Une nonchalance qu’elle mettra du temps à assumer mais à laquelle elle consacrera le courageux chapitre IV de son autobiographie Je suis restée debout, parue en 2015. En Grèce, cet attentisme létal lui vaudra un premier échec dans le tableau principal face à l’Argentine Krukower, championne du monde en titre. Quelques minutes plus tard, c’est Marie-Hélène Chisholm qui la privera en repêchages de ce premier podium planétaire que son potentiel lui promet depuis si longtemps. Marie-Hélène Chisholm ? Une Canadienne de deux ans son aînée, descendue des -70 kg en début de saison, et dont le plus haut fait d’arme dans sa nouvelle catégorie se résume alors à une victoire à l’Open de Belgique pendant l’hiver et une troisième place aux championnats panaméricains au printemps. « Elle était très forte au sol alors que c’était mon point faible. Je ne l’avais jamais prise avant alors qu’elle, visiblement, avait travaillé sur moi. »

La dragée haute. Cette rigueur tactique est une constante des retours des athlètes français de ces années-là à propos de la lente mais sûre affirmation des judokas canadiens, passés en ce début de XXIe siècle de quasi-nobodies à épouvantails en puissance. À Londres, en 2012, c’est une autre Canadienne qui faillit à nouveau faire tourner bourrique l’archi-favorite française. Vice-championne olympique quatre ans plus tôt à Pékin, double championne du monde en titre, Lucie Décosse doit gagner. Et pourtant d’entrée voici que Kelita Zupancic, 22 ans, quatre médailles continentales dont un titre, lui tient la dragée haute. Le round d’observation – et donc finalement de doute, pour une athlète réputée aussi expéditive – s’étire sur 4’30 avant qu’un o-soto-gari ne renvoie l’impétrante à ses chères études. « L’amusant, relativise avec le recul la désormais entraîneur de l’équipe de France féminines, c’est que nos parents se sont croisés le matin dans le métro de Londres, avec des T-shirts à nos effigies respectives ! Sur le tapis, j’avais une stratégie claire mais je me méfiais à double titre : et de ma difficulté à parfois entrer dans les compétitions, et de sa confiance sans doute boostée par la médaille de son compatriote Valois-Fortier la veille. »

Antoine Valois-Fortier. Âgé aujourd’hui de 29 ans, le héros de 2012 commentait à l’époque d’un humble et presque scolaire « j’ai bien fait mes devoirs sur eux » sa formidable épopée londonienne lui ayant permis d’écarter des pointures comme l’Azerbaïdjanais Mammadli (champion olympique en titre dans la catégorie inférieure), le double médaillé mondial et chouchou du public britannique Euan Burton ou, en fin de journée, son grand rival continental l’Américain Travis Stevens, contre qui il restait sur quatre défaites d’affilée… Opposé à lui dans plusieurs combats couperets de l’olympiade suivante (demie des mondiaux 2014 remportée par le Canadien, demie des mondiaux 2015 remportée par le Français, premier tour des JO 2016 remporté par le Québecois), le Français Loïc Pietri souligne, derrière cette épaisseur tactique, l’empreinte d’une « programmation intelligente, adaptée et cohérente, avec une vraie continuité et des sorties régulières ». Pour lui, « AVF » est devenu « l’un des rares du circuit à savoir fermer la boutique pour gérer un shido d’avance » et, même si les règles incitent davantage désormais à faire tomber, « saura faire ce qu’il faut pour s’adapter ».

Génération Klimkait-Deguchi – Naissance d’une nation ?

Et puis quelque chose a passé. Petit à petit, Montréal est devenu aux yeux des judokas français autre chose qu’une chanson de Robert Charlebois, le QG des Cowboys Fringants ou l’écrin de quelques uns des plus méconnus romans de Bernard Clavel. À la constance de métronome d’Antoine Valois-Fortier et aux éclairs de Kyle Reyes sur l’olympiade précédente sont peu à peu venus s’ajouter d’autres patronymes, de plus en plus réguliers et de plus en plus nombreux. Week-end après week-end, les noms de Kelita Zupancic, de Catherine Beauchemin-Pinard, d’Arthur Margelidon, d’Antoine Bouchard ou de Shady El Nahas sont revenus de plus en plus souvent sur les lèvres des speakers des blocs finaux. Depuis début 2018, l’intense rivalité entre Christa Deguchi et Jessica Klimkait a soudain teint de rouge et de blanc l’épicentre d’une catégorie des -57 kg traditionnellement trustée par les Asiatiques. « Je n’ai pas souvenir d’avoir combattu des Canadiennes pendant mes années junior, essaie de se remémorer la Française Hélène Receveaux, médaillée mondiale de la catégorie en 2017. En revanche, pour mes premiers championnats du monde seniors en 2015 à Astana, c’est Catherine Beauchemin-Pinard qui me sort. Depuis, elle est montée en -63 kg et les deux autres ont pris le commandement. Pour avoir eu les deux dans les mains en stage ou en tournoi, je suis convaincue que leur rivalité booste l’équipe. J’ai moi-même connu ça dans la course aux derniers JO avec Automne Pavia, qui a dû remporter un nouveau titre européen dans la dernière ligne droite pour assurer sa place à Rio. »

Plus fort avec les autres. Parmi les observateurs attentifs de cette montée en puissance, les mieux placés sont encore ceux qui se sont rendus sur place. Nous avions déjà évoqué dans un billet précédent la courte mais positive expérience du -66 kg Alister Ward. Son point de vue est corroboré par son ami Mewen Ferey Mondésir qui, du haut de ses 26 ans, a déjà combattu sous les couleurs de la France et de l’Algérie avant de stabiliser un niveau Première division depuis son retour en 2016 sous le giron tricolore. « J’ai passé trois semaines au Centre national de Montréal à l’époque où Alister y était. C’est beau de voir une dynamique se mettre en place. Pour ceux de ma génération, le judo canadien se résumait à Nicolas Gill et Antoine Valois-Fortier. Aujourd’hui tu as les -73, les -100, les jeunes qui arrivent… Moi, qu’est-ce que j’ai vu là-bas ? J’ai vu une équipe qui accueille avec le sourire les partenaires étrangers. Une équipe où les critères de sélection sont clairs, où l’arithmétique prévaut sur l’affectif. Une équipe où la compétence va se rechercher là où elle se trouve. Si c’est à l’extérieur, ce sera à l’extérieur. Le staff est canadien, polonais, portugais, expérimenté, jeune… En bref, tu évolues dans une atmosphère où, clairement, c’est avec les autres que tu peux devenir plus fort. » Même son de cloche du côté d’Antoine Lamour, -90 kg Première division de Sainte-Geneviève Sports, venu au Centre d’entraînement de Montréal en août 2018 avec son compatriote Maxime Flament. « Dans la perspective de nos échéances de l’automne, nous cherchions un stage à l’étranger dans une nation que nous ne connaissions ni l’un ni l’autre. Perso, je sortais d’une opération du genou et j’avais besoin de prendre l’air. C’est Kate Guica qui, après avoir passé deux saisons chez nous à Sainte-Geneviève, nous avait donné les coordonnées de Nicolas Gill. À notre grand étonnement du fait de notre statut légèrement en deçà de ce qu’ils pouvaient escompter venant d’un pays comme la France, ils ont tous été incroyables de simplicité. Hébergement, infrastructures, ils ont tout fait pour nous mettre à l’aise. Avant même notre arrivée, nous avions reçu le programme, et tout le reste s’est déroulé comme ça. L’esprit du judo tel que tu te l’imagines, je l’ai vraiment senti là-bas. »

Une expérience régénérante ? S’il y en a un qui est bien placé pour raconter les effets « cure thermale » de Montréal depuis le temps qu’il baigne dans le judo, c’est bien Nicolas Brisson. Arrivé avec femme et enfants à l’été 2018 par « projet de vie et goût du changement », l’ancien titulaire de l’équipe de France aux championnats du monde de Rotterdam en a profité pour retrouver un cousin préparateur physique de l’équipe canadienne de judo. Les affinités électives lui font également vite croiser la route de Nicolas Gill, qui fut un temps le coéquipier au PSG Judo de Thierry Dibert, son entraîneur durant de longues années à l’ACBB, ainsi que celle d’Alexandre Émond, un ancien adversaire retraité depuis 2013. « En fait c’est comme une grande famille. Les installations sont top et l’accès à l’Institut national du sport est simple, évident, facile. À 37 ans, avec le vécu que j’ai dans les mains, il me semble être en mesure de représenter le type de partenaires rugueux dont les mecs ont besoin pour progresser. En fait j’ai retrouvé des approches avec lesquelles je suis fondamentalement en phase : en un, réfléchir pour performer et en deux, bosser, bosser, bosser. Moi qui ai quitté le France en me disant que j’aurais pu faire tellement plus, ici je me dis qu’il ne tient qu’à moi. Du coup je me suis repris au jeu alors que j’avais annoncé que les France 2017 seraient mes derniers. À l’automne dernier je me suis aligné aux championnats de France où, certes je me suis blessé au bras et pas qu’un peu, mais où je me suis classé cinquième. »

Le mot de la fin ? Professeur au Butokuden Dojo de Saint-Pierre-et-Miquelon pendant la saison 2017-2018, aujourd’hui à Tahiti après avoir jadis roulé sa bosse en Guadeloupe, au Vietnam ou au Qatar, le globe-trotter français Alexandre Paysan fut, de par la situation géographique de son archipel (Montréal est à 2 h 45 de vol), à la fois proche et plein de recul sur les carrefours de développement qui s’ouvrent aujourd’hui devant le judo canadien. « Je suis allé trois fois en compétition sur le continent avec mes élèves. Premier constat : la taille-même du pays fait qu’il est difficile pour les combattants de se rendre à tous les tournois. Rien que pour nous c’était au minimum un trajet en avion puis huit heures de voiture. Minimum ! Et c’est pareil pour les Canadiens qui arrivent de l’autre côté du pays ! Après, ces compétitions offrent un niveau d’organisation extraordinaire. Déjà, elles sont payantes. La pesée a lieu la veille, les horaires sont respectés le jour du tournoi. La salle est chauffée, très propre. Tous les gens (organisateurs, bénévoles, arbitres) sont au service des judokas. Ils sont sympathiques, calmes. Comme il n’y a pas beaucoup de judokas, ils autorisent les regroupements de catégories, font tout pour que les présents fassent le maximum de combats… Ensuite les vidéos de ces combats – qui sont, pour te situer, l’équivalent d’un niveau départemental ou régional en France -, sont retransmises en streaming en direct sur Internet ! Les arbitres ont des oreillettes… Bref, dès le plus petit niveau, l’organisation est de haut niveau ! La Fédération canadienne met en place un centre d’entraînement national, organise des certifications de professeurs, donne des conseils pour le développement du judo sur un site Internet extraordinaire. Ce dynamisme donne presqu’un coup de vieux à une fédération comme la nôtre ! Maintenant tout l’enjeu du judo canadien, pour moi, sera de rester sur cette pente ascendante pendant longtemps et ne pas s’essouffler sur la durée. Avec, toujours dans un coin de la tête, ce défi considérable : faire connaître le judo dans un pays avec une culture américaine fabuleuse et des sports US ultra développés. » En un mot comme en cent : Montréal 2019, tu sais ce qui t’attend.

Tous propos recueillis par Anthony Diao, sauf mentions contraires.

© 2017 Canadian Kodokan Black Belt Association, Tous droits réservés

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